Comment j’ai commencé à investir

Pendant des années, j’ai repoussé le moment. L’investissement, c’était pour les autres : ceux qui ont « de l’argent de côté », ceux qui comprennent les graphiques, ceux qui parlent de dividendes à table. Moi, j’avais un livret, et je me disais que c’était déjà bien.

Et puis un jour, j’ai fait un tout petit pas. 100 euros. Rien de plus. Ce que je ne savais pas, c’est que ce petit pas allait changer ma façon de voir mon argent. Voici comment ça s’est passé, sans rien enjoliver.

Le déclic : arrêter d’attendre d’être « prêt »

Je ne me suis pas réveillé un matin avec une illumination. C’est plutôt une accumulation. Des articles lus en diagonale, des collègues qui parlaient d’ETF, et surtout cette impression désagréable que mon argent dormait pendant que les prix, eux, continuaient de grimper.

Je repoussais pour toujours les mêmes raisons : « je n’y connais rien », « je n’ai pas assez pour que ça vaille le coup », « je vais tout perdre ». En réalité, aucune de ces raisons ne tenait vraiment. Je ne savais pas, c’est vrai. Mais je ne pouvais pas apprendre sans essayer.

Alors je me suis fixé une règle simple : commencer avec une somme que j’étais prêt à oublier. Pas une somme qui me ferait peur. Pas une somme dont j’aurais besoin le mois suivant. 100 euros, c’était le bon chiffre pour moi.

Ouvrir un compte chez Interactive Brokers : plus simple que prévu

J’ai choisi Interactive Brokers (IBKR), principalement pour ses frais réduits et l’accès à un très large choix de marchés. Je m’attendais à une usine à gaz. Ça a été plus long qu’une inscription sur un site classique, mais rien d’insurmontable.

Concrètement, voici ce qu’on m’a demandé :

  • mes informations personnelles et une pièce d’identité ;
  • un justificatif de domicile ;
  • un questionnaire sur ma situation financière et mon expérience en investissement (j’ai répondu honnêtement : aucune) ;
  • quelques documents réglementaires à lire et accepter.

Le compte a été validé quelques jours plus tard. J’ai fait un virement de 100 euros depuis mon compte bancaire, et je me suis retrouvé devant l’interface, un peu intimidé. Beaucoup de boutons, beaucoup de chiffres. J’ai pris le temps de cliquer partout, sans rien acheter, juste pour comprendre où étaient les choses.

Un point que j’aurais aimé savoir plus tôt : IBKR ouvre un compte-titres ordinaire, pas un PEA. Les deux ont une fiscalité différente. Pour un premier pas à 100 euros, ce n’était pas un problème pour moi, mais c’est une question à se poser avant d’aller plus loin.

Pourquoi un ETF S&P 500 pour commencer

Je ne voulais pas choisir une action au hasard parce qu’un forum en parlait. Je voulais quelque chose de simple, de diversifié, et que je pouvais comprendre en une phrase.

Un ETF S&P 500, c’est exactement ça : un seul produit qui réplique la performance des 500 plus grandes entreprises américaines cotées. En achetant une part, je devenais indirectement « un tout petit peu » actionnaire d’Apple, de Microsoft, d’Amazon et de centaines d’autres sociétés. Si l’une d’elles chutait, les autres amortissaient le choc.

J’ai choisi un ETF éligible pour un investisseur européen (au format UCITS) et capitalisant, c’est-à-dire qu’il réinvestit automatiquement les dividendes au lieu de me les verser. Moins de choses à gérer, et l’effet boule de neige qui travaille tout seul.

J’ai cliqué sur « Acheter ». Le cœur battait un peu plus vite que pour une simple commande en ligne. Et puis c’était fait. J’étais investisseur. Avec 100 euros, certes, mais investisseur quand même.

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Six mois à regarder la valeur bouger

Les premiers jours, j’ouvrais l’application plusieurs fois par jour. 100,40 €. Puis 99,20 €. Puis 101,10 €. Je me suis surpris à ressentir un petit pincement quand ça baissait de quelques centimes. C’est ridicule avec le recul, mais c’est justement ce qui m’a appris le plus.

Au bout de quelques semaines, j’ai compris une chose essentielle : regarder tous les jours ne sert à rien. Les variations quotidiennes, c’est du bruit. Alors j’ai espacé. Une fois par semaine, puis une fois par mois.

Et c’est là que quelque chose a changé. Au bout de six mois, mon placement affichait un peu plus de 108 euros. Huit euros de plus. Ce n’est pas une fortune, évidemment. Mais ces huit euros, je ne les avais pas gagnés en travaillant, en faisant des heures supplémentaires ou en revendant quelque chose. Je n’avais strictement rien fait. Mon argent avait travaillé pendant que je vivais ma vie.

C’est ce sentiment-là qui m’a donné le goût. Pas le montant. Le principe.

Je précise quand même une chose, parce qu’il serait malhonnête de la taire : ces six mois auraient pu se terminer en négatif. Les marchés montent et descendent, et personne ne peut prédire leur évolution sur une période aussi courte. J’ai eu une période plutôt favorable. Ce qui m’a convaincu, ce n’est pas le résultat de six mois, c’est d’avoir compris comment fonctionne l’investissement sur le long terme.

La suite : de 100 euros à une vraie habitude

Après ces six mois, j’ai pris une décision qui me paraissait énorme à l’époque : investir 100 euros tous les mois, automatiquement, le lendemain de mon salaire. Comme un abonnement, sauf que celui-là travaillait pour moi.

Ce n’est qu’en lisant un peu plus que j’ai mis un nom sur cette méthode : l’investissement programmé. L’idée est simple. En investissant la même somme à intervalles réguliers, j’achète plus de parts quand les prix sont bas et moins quand ils sont hauts. Je n’ai plus à me demander si « c’est le bon moment ». Le bon moment, c’est le jour du virement.

Ma première vraie baisse

Quelques mois plus tard, le marché a reculé. Mon portefeuille a affiché un chiffre en rouge, plus bas que ce que j’avais versé. Pour la première fois, j’ai été tenté de tout vendre « avant que ça empire ».

Je ne l’ai pas fait. Je me suis rappelé pourquoi j’avais commencé : je n’avais pas besoin de cet argent avant longtemps. J’ai continué mes versements comme prévu, et j’ai même eu le sentiment, pour la première fois, d’acheter « en soldes ». Quelque temps après, la valeur était repartie à la hausse. Cette baisse m’a plus appris que toutes les hausses réunies.

L’effet boule de neige, enfin compris

C’est en continuant que j’ai vraiment compris les intérêts composés. Les gains ne s’additionnent pas simplement : ils produisent à leur tour des gains. Au début, c’est imperceptible. Mais plus le temps passe, plus la courbe s’accélère. C’est pour ça qu’on dit que le meilleur moment pour commencer, c’était hier, et que le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui.

Aujourd’hui, mon portefeuille n’a plus grand-chose à voir avec ces 100 euros de départ. Je me suis formé, j’ai diversifié un peu, j’ai appris à distinguer un compte-titres d’un PEA ou d’une assurance vie. Mais tout est parti de ce premier clic.

Ce que je dirais à celui que j’étais avant de commencer

Si vous êtes aujourd’hui là où j’étais il y a quelque temps, voici ce que j’aurais aimé entendre :

  • Vous n’avez pas besoin d’être expert pour commencer. Vous avez besoin de commencer pour devenir compétent.
  • Le montant de départ compte moins que l’habitude. 100 euros suffisent pour comprendre comment tout fonctionne.
  • N’investissez que de l’argent dont vous n’aurez pas besoin à court terme. C’est ce qui vous permettra de rester serein quand le marché baissera, car il baissera.
  • Choisissez la simplicité. Un ETF large et diversifié est un point d’entrée qui évite bien des erreurs de débutant.
  • Arrêtez de regarder tous les jours. Le temps est votre meilleur allié, pas l’écran de votre téléphone.
  • Continuez à apprendre. Plus vous comprenez ce que vous faites, moins vous êtes tenté de prendre de mauvaises décisions sous le coup de l’émotion.

Et vous, quel sera votre premier pas ?

Je ne suis pas devenu riche en six mois. Ce n’était pas le but. Ce que j’ai gagné, c’est autre chose : la certitude que l’investissement n’est pas réservé à une élite, et la satisfaction de voir mon argent travailler pour moi plutôt que l’inverse.

Le plus dur n’est pas de choisir le bon ETF ou le bon courtier. Le plus dur, c’est de passer de « un jour, je m’y mettrai » à « c’est fait ». Ce premier pas peut être modeste. Il doit simplement être fait.

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Je rappelle qu’investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce témoignage ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.

À propos de l’auteur

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