La première fois que j’ai vu mon portefeuille dans le rouge

Je pensais être prêt. J’avais lu que les marchés baissent parfois, que c’est normal, qu’il ne faut pas paniquer. Je l’avais même écrit dans mes notes. Et puis un matin, j’ai ouvert l’application de mon courtier et j’ai vu un chiffre rouge. Pas quelques centimes, cette fois. Un vrai recul.

C’est l’épisode de mon parcours d’investisseur dont je suis le moins fier sur le moment, et dont je suis le plus content aujourd’hui. Je vous le raconte tel qu’il s’est passé.

Cet article fait partie de la série « Mes débuts d’investisseur ». Épisode précédent : Comment j’ai commencé à investir.

Le contexte : tout allait bien, et c’était le problème

Cela faisait quelques mois que j’investissais 100 euros chaque mois sur mon ETF S&P 500. Mon portefeuille montait doucement. Chaque virement me donnait un petit plaisir, et je commençais à me sentir à l’aise. Peut-être un peu trop.

Quand tout monte, on a l’impression d’avoir compris. On se dit que l’investissement est simple, qu’il suffit d’attendre. C’est vrai sur le long terme, mais on oublie un détail : attendre, c’est aussi traverser les baisses. Et ça, je ne l’avais encore jamais vécu.

Le jour où j’ai vu rouge

En quelques semaines, le marché a reculé. Mon portefeuille est passé sous le total de ce que j’avais versé. Pour la première fois, j’étais en perte. Sur le papier, en tout cas.

Le montant n’avait rien de dramatique. Quelques dizaines d’euros. Mais la sensation, elle, était disproportionnée. J’avais l’impression d’avoir fait une bêtise. Je me suis surpris à lire les titres de presse économique trois fois par jour, à chercher des avis sur les forums, à me demander si « ça allait encore baisser ».

Le soir, j’ai même ouvert l’écran de vente. J’ai regardé le bouton. Je me disais : « Je vends maintenant, je limite la casse, et je rachète quand ça ira mieux. » Ça paraissait tellement logique.

Ce qui m’a retenu de vendre

Je n’ai pas cliqué. Pas par sagesse, honnêtement. Plutôt parce qu’une question m’est venue : quand est-ce que je rachèterais ? Je n’en avais aucune idée. Personne n’en a la moindre idée. Si je vendais, il me faudrait avoir raison deux fois : au moment de sortir, puis au moment de revenir. Je n’étais même pas sûr d’avoir raison une fois.

Ensuite, je me suis rappelé la règle que je m’étais fixée au départ : n’investir que de l’argent dont je n’avais pas besoin avant des années. Cet argent n’avait pas vocation à payer mon loyer le mois suivant. Sa valeur du jour ne changeait rien à ma vie concrète.

Enfin, j’ai relu ce que j’avais compris de l’investissement programmé. En versant la même somme chaque mois, j’achète davantage de parts quand les prix baissent. Autrement dit, la baisse n’était pas seulement une mauvaise nouvelle pour l’argent déjà investi. C’était aussi une occasion pour l’argent que j’allais investir.

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Mon virement suivant, « en soldes »

Le mois suivant, mon virement automatique est parti comme d’habitude. 100 euros. Sauf que cette fois, avec le même montant, j’ai acheté un peu plus de parts que les mois précédents. C’est un détail, mais il a changé ma façon de voir la baisse.

Je me suis mis à penser comme quelqu’un qui fait ses courses : quand un produit que j’achète de toute façon est moins cher, je ne panique pas, je suis plutôt content. Un ETF S&P 500, c’est un panier d’entreprises. Si je crois qu’elles auront plus de valeur dans dix ou vingt ans, les acheter moins cher aujourd’hui n’a rien d’une catastrophe.

Je ne vais pas prétendre que j’étais serein pour autant. J’ai continué à jeter des coups d’œil au portefeuille. Mais l’angoisse avait baissé d’un cran.

Et ensuite ?

Quelque temps plus tard, le marché est reparti à la hausse. Mon portefeuille est revenu au-dessus de mes versements, puis l’a dépassé. Je précise une chose, parce qu’il serait malhonnête de la taire : je ne savais pas que ça allait se passer ainsi, et rien ne garantit que chaque baisse se résorbe aussi vite. Certaines ont duré des années dans l’histoire des marchés.

Ce que je retiens, ce n’est donc pas « ça remonte toujours vite ». C’est que ma décision de ne pas vendre était la bonne compte tenu de mon horizon. Si j’avais eu besoin de cet argent six mois plus tard, la situation aurait été très différente. Et j’aurais d’ailleurs eu tort de l’investir en bourse.

Ce que cette première baisse m’a appris

  • On ne connaît pas sa tolérance au risque avant de vivre une baisse. Les questionnaires donnent une idée. La réalité, c’est votre réaction devant le chiffre rouge.
  • Vendre dans la panique, c’est transformer une perte temporaire en perte définitive. Tant que vous ne vendez pas, la baisse reste une variation de valeur.
  • L’horizon de placement est votre meilleure protection. Avec de l’argent dont vous n’avez pas besoin avant longtemps, vous pouvez vous permettre d’attendre.
  • Les versements réguliers adoucissent les baisses. Ils vous font acheter davantage quand les prix sont bas, sans avoir à deviner le bon moment.
  • Il vaut mieux préparer sa réaction à l’avance. Écrivez aujourd’hui ce que vous ferez si votre portefeuille perd 10 % ou 20 %. Le jour venu, vous relirez vos propres mots.

Si vous vivez votre première baisse en ce moment

Avant de toucher au bouton « vendre », posez-vous trois questions. Ai-je besoin de cet argent prochainement ? Mon placement de départ correspond-il toujours à mon objectif ? Et si je vends, quand et à quelles conditions vais-je racheter ? Si vous n’avez pas de réponse claire à la troisième, c’est souvent le signe que la décision est dictée par l’émotion.

Ma première baisse m’a fait plus progresser que tous les mois de hausse réunis. Elle m’a montré que la vraie difficulté de l’investissement n’est pas technique. Elle se joue entre les oreilles.

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Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce témoignage ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.

À propos de l’auteur

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