Chère lectrice, cher lecteur,

Mercredi dernier, six banques suisses ont annoncé quelque chose d’assez inhabituel.

UBS. PostFinance. Sygnum. Raiffeisen. Zürcher Kantonalbank. Et la BCV.

Six institutions qui, d’ordinaire, se regardent en chiens de faïence, se sont retrouvées autour de la même table pour lancer une expérimentation commune.

Un test officiel d’un stablecoin en francs suisses sur la blockchain Ethereum.

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Les journalistes y voient une expérimentation prudente. Un test. Rien d’urgent.

Moi, j’y vois autre chose.

Ce n’est pas de l’innovation. C’est une réaction de survie.

Et pour comprendre pourquoi, il faut d’abord parler du dollar.

Le problème que personne ne nomme clairement

Depuis que les taux américains sont montés, les stablecoins en dollars ne sont plus seulement pratiques.

Ils sont rentables.

Un stablecoin adossé au dollar (USDC, USDT, et une dizaine d’autres) génère mécaniquement du rendement. Parce qu’il est adossé à des bons du Trésor américain.

Et les T-Bills, en ce moment, rapportent plus de 3.5% par an.

Alors plusieurs géants du secteur comme l’échange américain Coinbase vous propose des rendements allant de 4% jusqu’à 10% sur de l’USDC.

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Sauf que si vous détenez des francs suisses, ou des euros, vous touchez nettement moins.

Et là, une chose se produit, très discrètement, dans les flux financiers mondiaux.

L’épargne migre vers le dollar

Avant il fallait ouvrir un compte aux USA, convertir ses CHF ou EUR en USD et trouver une banque ouverte à offrir des comptes rémunérés à des étrangers non résidents.

Avec les stablecoins, tous ces verrous bancaires ont sauté.

Des particuliers gardent leur trésorerie en USDC plutôt qu’en compte bancaire classique.

Des entreprises choisissent de régler leurs contrats en stablecoins dollar.

Des protocoles décentralisés offrent du rendement uniquement sur des actifs dollar.

Et le franc suisse, lui, regarde.

Ce phénomène a un nom dans les milieux économiques : la dollarisation indirecte.

Ce n’est pas nouveau.

Ce qui est nouveau, c’est que les rails crypto l’accélèrent massivement.

Les bernard-l’hermite l’ont compris avant les banques

Il y a un animal que j’aime beaucoup pour expliquer ce qui se passe.

Le crabe bernard-l’hermite.

Il n’a pas de carapace propre. Il doit trouver une coquille vide pour se protéger.

Et quand une coquille plus grande, plus solide, apparaît quelque part sur la plage, quelque chose de fascinant se produit.

Les crabes forment une chaîne.

Le plus grand prend la nouvelle coquille. Le second prend celle que vient de libérer le premier. Le troisième prend celle du second. Etc.

En quelques minutes, tout l’écosystème se repositionne.

Personne ne reste dans une coquille trop petite si une meilleure est disponible.

Le yield dollar, c’est la nouvelle coquille sur la plage

4% par an, liquidité mondiale, infrastructure déjà construite, adoption massive…

La coquille est grande. Elle est là. Et les investisseurs l’ont vue.

Ce que font ces six banques suisses, c’est essayer de poser une coquille CHF sur la plage. Vite. Avant que tout le monde soit définitivement installé dans le dollar.

Le problème ? La coquille n’existe pas encore.

C’est pour ça qu’ils testent dans un bac à sable fermé, avec un cercle restreint de participants et des limites de montants.

Autrement dit : ils ont du retard, et ils le savent.

Ce que ça veut dire pour vous, concrètement

J’ai deux lectures de cette news.

La première, c’est la lecture macro.

On assiste à une compétition monétaire d’un genre nouveau.

L’euro, le franc suisse, le yen, le yuan. Tous vont devoir se battre sur ce terrain.

Pas dans 10 ans. Maintenant. Parce que les stablecoins dollar représentent déjà plus de 200 milliards de dollars en circulation.

La seconde lecture, c’est la lecture pour l’investisseur.

Ce mouvement (banques, régulateurs, États qui construisent leurs propres rails numériques) est précisément ce qui crée des asymétries de marché.

Parce qu’on est encore au début. La majorité des gens voit « stablecoin » et pense « crypto spéculative ».

Ils n’ont pas compris que les stablecoins sont en train de devenir l’infrastructure de base des paiements mondiaux.

Comme le SWIFT, mais programmable. Comme Visa, mais sans intermédiaire.

Et quand une infrastructure passe en mode institutionnel, les projets positionnés dessus avant le grand déploiement prennent un avantage considérable.

C’est exactement le raisonnement au cœur de cette enquête : comment investir dans l’infrastructure du monde qui arrive ?

Stablecoins. Tokenisation d’actifs réels. Custody institutionnel. Settlement sur blockchain. Ce sont exactement les briques que les UBS, PostFinance et ZKB sont en train de valider en grandeur nature.

Eux construisent les rails.

Vous pouvez prendre position sur les entreprises qui fournissent les matériaux.

À bientôt,

Mehdi Berrada

Objectif Libre et Indépendant

À propos de l’auteur

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