Cher lecteur,

J’étais étudiant et travaillais durant les vacances.

Je faisais des missions d’intérim.

Pour l’une d’elles, je travaillais pour une société de location de voitures au sein d’un aéroport.

C’était assez simple : les clients ramenaient les voitures sur le parking. Il fallait les prendre, relever le kilométrage, puis les amener quelques kilomètres plus loin, sur la station de lavage. Après lavage, faire le plein si le client ne l’avait pas fait, puis remonter la voiture, propre, sur le parking de l’aéroport, pour que le client suivant puisse la prendre.

Un intérimaire pas comme les autres

D’autres jeunes, comme moi, travaillaient ainsi.

Mais pas seulement.

Il y avait Yves. Il avait 63 ans.

Je le regardais marcher avec difficulté. Entrer et sortir des voitures avec peine, en s’accrochant au montant du toit. Et je pensais qu’Yves avait passé sa vie ici, à faire cela, et qu’il attendait la retraite. Au SMIC, comme nous tous.

Et puis un jour, nous avons eu l’occasion de discuter. En effet, Yves attendait la retraite. Il lui restait deux ans à tirer.

Mais pour le reste, j’avais tout faux.

Yves avait été directeur financier, notamment à la Défense, pendant plus de 20 ans !

J’étais sous le choc.

Il ne plaisantait pas.

Je balbutiais « mais… que s’est-il passé ? ».

Ce qui monte doit redescendre

Il me racontait que sa boite avait été rachetée, qu’on lui avait mis sur le dos un jeune chef avec qui le courant était très mal passé, et que sa femme l’avait quitté au même moment. En dépression, poussé à la démission, il ne pensait pas qu’avec sa carrière et son réseau, il ne retrouverait pas rapidement quelque chose.

Il n’a rien retrouvé, à part des missions de commercial au porte à porte, payées à la commission. Il vivait chez son frère, qui l’hébergeait, car impossible de louer un appartement avec des revenus aussi instables.

Il m’expliquait que durant ses longues et belles années, il avait « bien vécu ».

« Nous partions tout le temps en week-end, surtout dans le sud-ouest » me confiait-il. En fait, il avait un très bon salaire, et il le dépensait. Il avait sa maison, et c’était tout.

La vision linéaire est un danger

Yves a, à sa manière, changé ma vision des choses. Je me suis juré de ne jamais me retrouver dans la même situation que lui. Il m’a fait comprendre que la vie n’était pas toujours une progression continue. On a trop souvent tendance à se dire que l’année prochaine ça ira mieux, car on aura fini de payer ceci, car on aura été augmenté etc.

C’est ce que j’ai appelé le danger de la vision linéaire.

La vie n’est pas forcément une amélioration lente et continue. Il peut-y avoir des hauts et des bas. Mais parfois les bas sont vraiment très bas.

La première chose à faire quand tout va bien est de se dire qu’ensuite, tout va aller mal. On se prépare, notamment financièrement. On fait un peu attention, on se crée des réserves et des revenus complémentaires, en investissant.

Si tout va effectivement mal, on s’en sort parce qu’on a anticipé.

Si au contraire finalement tout va bien, tant mieux, notre situation n’en est que meilleure.

C’est suite à cela que j’ai commencé à investir dans l’immobilier.

Nous avons tendance à considérer que l’on ne peut pas revenir sur un acquis.

Or on peut.

Yves ne pensait pas, lorsqu’il était un brillant directeur financier de 55 ans, avec une belle maison, des week-ends et des vacances de rêve, que quelques années plus tard, il passerait ses journées à monter et descendre péniblement de voitures dont il devait gratter les parebrises l’hiver, certains jours dès 5h du matin, d’autres jusqu’à 23h.

Si Yves avait un peu investi, en achetant quelques biens immobiliers rentables, il aurait pu attendre tranquillement la retraite, quelque part au soleil. Mais il n’avait pas pensé. Ou peut-être avait-il pensé mais il avait remis au lendemain…

Ne faites pas la même erreur que lui.

Je ne sais pas où tu es Yves, mais merci pour cette leçon. Je pense à toi chaque jour.

Guillaume

Objectif Libre et Indépendant

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